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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 17:31
Christian Cardinal Tumi
Christian Cardinal Tumi

Archevêque émérite de Douala depuis le 17 novembre 2009, Christian Tumi aura 86 ans le 15 octobre prochain. Cet homme de foi, de principes et de convictions a de nouveau fait parler de lui à la faveur de ses 50 ans de sacerdoce.

C’est le 17 avril 1966 à Soppo-Buea qu’il est ordonné prêtre par Mgr Julius Peeters. Il a déjà reçu de nombreuses distinctions dont le prix Cardinal Von Galen de l’Ong Human Life International en 2008, en Allemagne pour le service, en défense de la vie humaine innocente et le prix de l’intégrité décerné le 15 novembre 2011 par Transparency international à Vienne, en Autriche. Ainsi qu’un titre honorifique décerné par l’Académie des Sciences d’Outre-mer le 27 novembre 2010 à Paris, en France. Docteur en philosophie de l’Université de Fribourg en Suisse, il est aussi Docteur Honoris causa de plusieurs universités parmi lesquelles l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac) où il a été par ailleurs chancelier fondateur pendant 15 ans. Christian Tumi a été élevé le samedi 4 juin 2016, à Douala, à la dignité de Commandeur de l’ordre de la valeur. Auteur de «Les deux régimes politiques d’Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya et Christian Tumi, prêtre (Eclairage)» et de «Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf», Christian cardinal Tumi est en train d’écrire un livre sur la morale humaine.

Vous avec reçu récemment à Douala une distinction à l’occasion de vos 50 ans de sacerdoce. Pouvez-vous nous dire ce qu’elle représente pour vous ?

J’ai reçu la distinction de commandeur de l’ordre de la valeur des mains du ministre chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation René Emmanuel Sadi. Il me l’a remis au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés. On m’a surpris par cette distinction le samedi 4 juin 2016 lors de la messe pontificale qui a été organisée par l’archevêque de Douala, ses prêtres et les fidèles de l’archidiocèse de Douala. C’était à l’occasion de mes 50 ans de sacerdoce, sur l’esplanade de la cathédrale Saints Pierre et Paul de Bonadibong, à Douala. C’est vers la fin de la messe que j’observe que le ministre chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation René Emmanuel Sadi se dirige vers le micro et on m’invite à le rejoindre. Je crois que les gendarmes savaient ce qui allait se passer. Notamment une décoration.

Je remercie le chef de l’Etat. Cette distinction signifie pour moi une reconnaissance de l’importance des valeurs spirituelles pour la formation de l’homme camerounais. Une reconnaissance pour ce que j’ai fait au Cameroun. Je n’ai fait que mon travail spirituel. Mon travail de prêtre et d’évêque. J’ai aussi enseigné. J’ai également construit trois collèges, notamment le Collège Saint Charles Borromée, le collège Notre Dame des nations de Yassa et le Sacred Heart College de New-Bell. Avec l’aide des bienfaiteurs, nous avons construit les hôpitaux diocésains de Bonabéri et de Logpom. Il y a deux autres hôpitaux catholiques construits par des congrégations religieuses avec mon soutien et autorisés par l’Etat.

Pourquoi l’Eglise catholique met-elle l’accent sur l’éducation ?

L’Eglise croit que pour développer un pays, il faut d’abord développer l’homme. L’homme n’est pas développé si ses facultés intellectuelles ne sont pas développées. L’Eglise croit en l’homme. Elle veut développer l’homme, tout l’homme. Et c’est l’homme qui développe les choses. Les grandes universités européennes telles que l’Université de Bologne en Italie, l’Université d’Oxford en Grande Bretagne et l’Université de la Sorbonne en France étaient catholiques il y a plusieurs siècles. Ces universités datent du 12ème et du 13ème siècle. Les premiers missionnaires qui arrivaient en Afrique construisaient les écoles et les dispensaires. Le tout premier Collège au Cameroun est le Collège Saint Joseph de Sasse. Un village dans le diocèse de Buea. Fondé par les pères de Mill-Hill, ce collège date de 1939.

Qu’apportent l’éducation religieuse en général et l’éducation catholique en particulier ?

L’Eglise croit que l’éducation n’est pas intégrale si on n’a pas reçu une éducation religieuse. L’homme qui n’a pas eu une éducation religieuse est dangereux. Car, il n’a pas une conscience formée qui le dirige. L’éducation de la conscience est importante pour le développement de l’homme. C’est la conscience qui dirige la vie morale de l’homme. C’est la conscience qui fait connaitre à l’homme le bien à faire et le mal à éviter. Il faut écouter sa conscience. Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, j’ai dit à un ami qui était fonctionnaire que je ne voyais pas de différence entre des anciens élèves des écoles et collèges confessionnels et ceux qui n’avaient pas fréquenté ces établissements.

Je me basais sur le fait que tous, sans exception, succombent à la tentation de détourner les fonds publics. Il m’a répondu qu’il y avait une différence entre ces deux catégories de fonctionnaires. Je lui ai demandé laquelle. Il m’a répondu que ceux qui ont été dans des collèges confessionnels sont vraiment malheureux quand ils détournent les fonds publics, car leur conscience les juge alors que les autres sont heureux de jouir de l’argent de l’Etat volé. Cette réponse m’a vraiment marqué. Si on une conscience troublée après avoir fait le mal, il y a l’espoir de la conversion.

Certaines personnes laissent entendre que cette distinction peut être perçue comme un moyen pour le chef de l’Etat de faire la paix avec vous ? Qu’en pensez-vous ?

Cette question est étrange. Le président de la République et moi n’avons jamais eu de problème ! J‘assume mes propos et mes opinions. Et le président de la République le sait. Permettez-moi de rappeler à vos lecteurs que lorsque j’ai été créé cardinal en juin 1988, le président de la République m’a offert une voiture de marque Mercedes. Je l’ai accepté et je l’ai remercié. Si ma pensée n’est pas en accord avec ma parole, c’est que je mens. L’accord entre ce qu’on pense et ce qu’on dit est la vérité. La vérité logique. Je lui ai envoyé des exemplaires des livres que j’ai rédigés et ses réactions étaient toujours bonnes.

Il faut que les gens sachent que j’ai travaillé avec Paul Biya. Quand j’étais chancelier de l’Université catholique de l’Afrique centrale (Ucac), on négociait avec le ministre de l’enseignement supérieur de l’époque qui était lent. Les évêques de l’Afrique centrale étaient anxieux de savoir si le Cameroun allait ou non approuvé le dossier. Le Nonce apostolique au Cameroun était obligé d’aller voir le président de la République qui était intervenu favorablement.
La première radio catholique de Douala, Radio Veritas, a été autorisée en décembre 2003 grâce à l’intervention du président de République. J’avais commencé avec cette radio comme tout le monde. Illégalement. La radio a été fermée légalement par le ministre de la Communication de l’époque le Pr Jacques Fame Ndongo. J’ai écrit au chef de l’Etat pour solliciter son arbitrage. J’ai dit au chef de l’Etat que toutes les conditions étaient réunies pour que cette radio soit autorisée. En deux ou trois semaines, le président de la République a répondu favorablement. Il m‘avait transmis son avis favorable à l’ouverture de Radio Veritas par l’entremise de son Secrétaire général à la présidence, à l’époque Jean-Marie Atangana Mebara. Le ministre de la Communication le Pr Jacques Fame Ndongo m’avait envoyé la lettre d’approbation signée par lui-même.

J’ai également écrit au président de la République pour obtenir l’autorisation de la faculté de médecine de l’Université catholique du Cameroun. Je sais bien qu’il est intervenu pour l’approbation de ce dossier. Ce n’était pas une faveur. Le dossier était complet. Tout le monde sait ce que le Président de la République a fait pour l’inhumation de ma mère. Il a décoré ma mère (Ya Tumi Catherine La’aka, ndlr) officier de l’ordre national du mérite. A titre posthume. Il a aussi fait un don financier pour l’accueil des personnes qui sont venues à Kumbo et à Kikaïkelaki, pour les obsèques de ma mère le samedi 27 juin 2015 au cimetière de la cathédrale Sainte Thérèse de Kumbo. Et pour terminer, tout le monde sait ce que le Président de la République a fait pour l’anniversaire de mes 50 ans de sacerdoce. Tout cela ne montre pas que nous sommes des ennemis.

Maintenez-vous ce que vous avez déclaré aux médias au sujet d’une éventuelle candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle ?

J’ai déjà dit ce que je pensais sur ce sujet. Et c’était mon opinion. J’ai le droit de dire ce que je pense en ce qui concerne la vie politique de notre pays. Après tout, je suis parmi les anciens de ce pays. J’avais 30 ans à l’indépendance ! Ma position est connue de tout le monde. Concernant la candidature du chef de l’Etat, ce que j’ai dit était clair. J’ai dit que si j’étais Paul Biya, je ne me présenterai plus malgré l’appel de quelques membres de mon parti. Car, à partir de 80 ans, on est affaibli physiquement et intellectuellement.

On ne peut pas empêcher les militants et sympathisants d’un parti politique de proposer un candidat à l’élection présidentielle. Les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) sont libres de proposer Paul Biya comme candidat de leur parti à l’élection présidentielle. Et si les Camerounais, en majorité décident démocratiquement, c’est-à-dire par une élection libre, régulière, sincère et transparente, même s’il a 100 ans, ce n’est pas un problème pour moi. Qui suis-je pour dire le contraire ? Même si je dis quelque chose contre, ce sera mon opinion et une voix dans le désert par ce que le pouvoir souverain a parlé.

Beaucoup de fidèles ont un pied à l’Eglise et un autre chez le marabout. Pourquoi les chrétiens ont-ils des difficultés à suivre le Christ comme le chemin, la vérité et la vie ?

Si beaucoup de fidèles ont un pied à l’Eglise et un autre chez le marabout, c’est parce que le chrétien manque de foi. Si on a la foi en Dieu tout puissant, on n’écoute plus ailleurs. Ce n’est que Dieu seul qui comble tous les désirs de l’homme. Si on ne croit pas en Dieu, on ne peut pas obtenir de lui ce qu’on demande. La foi est un don de Dieu. C’est pourquoi nous devons adresser cette petite phrase à Dieu: « Seigneur augmente ma foi ».

Qu’est-ce qui vous occupe aujourd’hui ?

En dehors de quelques visites pastorales, nous passons beaucoup de temps à la prière personnelle, à la prière pour notre pays et à la prière pour ceux qui nous gouvernent et pour les gouvernés. Nous prions pour tout le monde. Toute autorité vient de Dieu. Ceux qui exercent l’autorité doivent le faire avec la crainte de Dieu. Parce qu’ils vont en rendre compte. C’est une responsabilité que Dieu leur confie. La peur de Dieu est le commencement de la sagesse. C’est la peur d’un enfant pour son père qui l’aime. J’ai passé plus d’années comme évêque. A chaque messe, les fidèles prient pour leur évêque. Le peuple de Dieu prie pour son pasteur.

Je suis en train d’écrire un livre sur la morale humaine. Je réfléchis sur l’éthique humaine, sur l’éthique qui n’est pas chrétienne, sur l’éthique qui n’est pas catholique. Les lois naturelles gouvernent le monde. Je souhaite terminer la rédaction de ce libre avant ma mort qui peut arriver à tout moment.

Pourquoi la mort fait-elle si peur ?

On a peur parce qu’on ne sait pas où on va après la mort. Les gens regardent la mort comme un anéantissement. On est réduit à rien. L’homme veut vivre éternellement. Il ne faut pas qu’on quitte le monde comme si on avait été forcé. On doit demander la grâce d’aimer notre mort. Au fur et à mesure que l’on avance dans la vie, on apprend à aimer la mort. On n’a plus peur de la mort. C’est le dernier acte de l’homme sur la terre. Mourir. Il n’y a rien au monde qui peut satisfaire l’homme définitivement. La vie éternelle est une jeunesse éternelle. Cette vie terrestre est finie. La vie éternelle est infinie. L’âme de l’homme se repose seulement en Dieu. Dieu est le sommet et le résumé de tous les désirs de l’homme. Une fois qu’on est avec Dieu, on ne désire plus rien.

Entretien mené par Edmond Kamguia K.: In lne

Source: http://www.camersenat.info

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Published by Sylvain Timamo
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  • Sylvain Timamo est journaliste camerounais et depuis quelques années,il est éditeur du journal Scores 2000. Propriétaire du Magazine International Culturel et Touristique "Le Chasseur".
  • Sylvain Timamo est journaliste camerounais et depuis quelques années,il est éditeur du journal Scores 2000. Propriétaire du Magazine International Culturel et Touristique "Le Chasseur".

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